Notes on a Scandal de Richard Eyre
Une nouvelle enseignante plutôt originale, Sheba Hart, interprétée par Cate Blanchett, vient perturber l’équilibre précaire qui régnait entre le corps enseignant et les élèves dans une école londonienne. Voici le synopsis de base de ce film profondément immoral, qui pourrait choquer les âmes sensibles. En effet, la fameuse institutrice s’amourachera d’un élève de 15 ans, d’où le scandale du titre. Mais l’intérêt du film se situe au niveau du personnage de Barbara, une enseignante vieillissante, magnifiquement interprété par Judi Dench.
Son personnage effectue un crescendo constant au niveau de la gérance de ses émotions durant l’heure et demie que dure le film. Elle est au départ délicate et subtile, pour finalement laisser tomber les barrières et la retenue qui probablement sont à la base de ses problèmes de socialisation. Car c’est de cette bourgeoisie anglaise à cheval sur les principes qu’il s’agit ici. Cette femme seule et sarcastique sera confrontée, alors qu’elle développe une relation amicale avec Sheba, à une autre génération de bourgeois que la sienne. En effet, Sheba paraît beaucoup plus libérée, spontanée et désorganisée, tout en conservant une vie de famille modèle habitant dans les beaux quartiers (elle pourrait représenter ce que le journaliste Davis Brooks a nommée les bourgeois-bohème).
D’ailleurs, la scène où Barbara se rend chez Sheba pour la première fois est intéressante au niveau de la confrontation des valeurs, et jamais ne tombe dans le cliché. En fait, Barbara est attirée par cette femme fraîche et moderne, elle qui probablement cache une homosexualité latente. Toutefois, Barbara se cherche par-dessus tout une compagne, quelqu’un avec qui partager ses joies et ses peines, quelqu’un avec qui ne plus être seule.
Mais il ne faut pas oublier qu’il s’agit ici d’un thriller nouveau genre, et que tous les personnages ont leurs failles. Sheba est candide et naïve, ce qui causera sa perte. Et ses erreurs seront une opportunité pour Barbara. Elle y verra une porte d’entrée vers la libération de ses instincts les plus primaires, tels que la vengeance et la méchanceté.
Le réalisateur Richard Eyre réussit à créer des personnages très complexes et à les faire évoluer dans une société en bouleversement. Certaines valeurs se perdent, d’autres prennent de l’importance. Mais les sentiments primaires, encrés profondément dans la nature humaine, sont les mêmes depuis la nuit des temps, et sont susceptibles de mener aux pires atrocités.
D’ailleurs, Eyre nous fait comprendre, à travers plusieurs indices, que tout cela est un cycle, une roue qui tourne, et que tout est toujours à recommencer.
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