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Vendredi 30 mars 2007 5 30 /03 /Mars /2007 19:32

Notes on a Scandal de Richard Eyre

 

 

           

 

            Une nouvelle enseignante plutôt originale, Sheba Hart, interprétée par Cate Blanchett, vient perturber l’équilibre précaire qui régnait entre le corps enseignant et les élèves dans une école londonienne. Voici le synopsis de base de ce film profondément immoral, qui pourrait choquer les âmes sensibles. En effet, la fameuse institutrice s’amourachera d’un élève de 15 ans, d’où le scandale du titre. Mais l’intérêt du film se situe au niveau du personnage de Barbara, une enseignante vieillissante, magnifiquement interprété par Judi Dench.

 

            Son personnage effectue un crescendo constant au niveau de la gérance de ses émotions durant l’heure et demie que dure le film. Elle est au départ délicate et subtile, pour finalement laisser tomber les barrières et la retenue qui probablement sont à la base de ses problèmes de socialisation. Car c’est de cette bourgeoisie anglaise à cheval sur les principes qu’il s’agit ici. Cette femme seule et sarcastique sera confrontée, alors qu’elle développe une relation amicale avec Sheba, à une autre génération de bourgeois que la sienne. En effet, Sheba paraît beaucoup plus libérée, spontanée et désorganisée, tout en conservant une vie de famille modèle habitant dans les beaux quartiers (elle pourrait représenter ce que le journaliste Davis Brooks a nommée les bourgeois-bohème). 

 

            D’ailleurs, la scène où Barbara se rend chez Sheba pour la première fois est intéressante au niveau de la confrontation des valeurs, et jamais ne tombe dans le cliché. En fait, Barbara est attirée par cette femme fraîche et moderne, elle qui probablement cache une homosexualité latente. Toutefois, Barbara se cherche par-dessus tout une compagne, quelqu’un avec qui partager ses joies et ses peines, quelqu’un avec qui ne plus être seule.

 

            Mais il ne faut pas oublier qu’il s’agit ici d’un thriller nouveau genre, et que tous les personnages ont leurs failles. Sheba est candide et naïve, ce qui causera sa perte. Et ses erreurs seront une opportunité pour Barbara. Elle y verra une porte d’entrée vers la libération de ses instincts les plus primaires, tels que la vengeance et la méchanceté.

 

            Le réalisateur Richard Eyre réussit à créer des personnages très complexes et à les faire évoluer dans une société en bouleversement. Certaines valeurs se perdent, d’autres prennent de l’importance. Mais les sentiments primaires, encrés profondément dans la nature humaine, sont les mêmes depuis la nuit des temps, et sont susceptibles de mener aux pires atrocités.

 

D’ailleurs, Eyre nous fait comprendre, à travers plusieurs indices, que tout cela est un cycle, une roue qui tourne, et que tout est toujours à recommencer.

 

                          

 

 

 

 

 

 

Par Virginie Doré Lemonde - Publié dans : virginiecinema
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Vendredi 30 mars 2007 5 30 /03 /Mars /2007 16:51

Proposition Cinéma : Le Zodiaque de David Fincher    

 

Le dernier film du très apprécié réalisateur américain David Fincher ne ressemble en rien aux autres films qui ont fait sa réputation, tels que Seven ou Fight Club. Ces derniers étaient beaucoup plus tape à l’œil tout en étant, paradoxalement, beaucoup plus profonds au niveau psychologique. Le Zodiaque fait partie d’une autre catégorie cinématographique : l’enquête policière  très linéaire, sans artifice, dans les règles de l’art.

Rappelons d’abord les faits : entre 1968 et 1979, un tueur en série terrorise la ville de San Francisco. Il se surnomme le Zodiaque. L’enquête policière piétine, malgré les lettres envoyées par le tueur aux journaux, ainsi que les appels qu’il fait à la police après chaque meurtre. Au San Francisco Chronicle, un journaliste excentrique (Robert Downey Jr) et un caricaturiste sous-estimé par ses pairs, nommé Robert Graysmith (genre d’anti-héros interprété par Jake Gylenhaal) commencent à s’intéresser à l’histoire, à propos de laquelle Graysmith écrira deux livres, dont le film s’est inspiré.   

Le film de Fincher est extrêmement détaillé, et visuellement parfait. Toutes les lignes droites, toutes les courbes, tous les plans semblent être étudiés dans les moindres détails. La reconstitution est méticuleuse à tous les niveaux. Les dialogues sont tous importants, et l’humour noir propre au réalisateur ne fait pas défaut. Il n’y a qu’à prendre en exemple les scènes avec Robert Downey Jr, qui se démarque des autres acteurs par son sens de l’auto dérision et son potentiel comique.

À travers la reconstitution historique, les couleurs, les plans de caméra, Le Zodiaque rappelle immanquablement le cinéma américain des années 70. En fait, plusieurs références, voire mises en abîme, raviront les cinéphiles. Par exemple, le film Dirty Harry de Don Siegel (1971), avec Clint Eastwood, qui traite du même sujet (le Zodiaque), est omniprésent dans le film de David Fincher, au propre comme au figuré. Il est évident que le cinéaste est admiratif du cinéma de cette décennie, probablement celle ou le cinéma américain fut le plus subversif.

Enfin, même si le rythme s’essouffle un peu à la fin, ce film à suspense réussit à maintenir un niveau d'anxiété assez élevé chez le spectateur, et certaines scènes s’avèrent franchement angoissantes. Surtout quand on sait que le dossier est encore ouvert…  

 

 

 

 

Par Virginie Doré Lemonde - Publié dans : virginiecinema
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Vendredi 23 mars 2007 5 23 /03 /Mars /2007 16:26

Réflexion sur Factory Girl de George Hickenlooper

 

Proposition Cinéma

 

 

Edie Sedgwick fut la muse d’Andy Warhol pendant seulement un an. Pourtant, au cours de cette année, il en fit une icône de la mode, du cinéma, des médias. Évidemment, sa grande beauté, son style original et son caractère instable furent partie prenante de la fascination qu’elle exerça sur l’artiste, et par conséquent sur la jeunesse américaine des années 60.

 

Fille d’une famille assez riche (mais totalement déséquilibrée) de la Californie, Edie déménage à New York assez jeune. Elle y rencontre rapidement Warhol et devient une habituée de la Factory, lieu de travail de l’inventeur du Pop Art, ou se retrouvaient ses collaborateurs, mais surtout ses admirateurs. Évidemment, la Factory est un endroit ou toutes les excentricités sont permises, et Edie y vit ses 15 minutes de gloire en compagnie de la légende vivante qu’était déjà Andy Warhol.

 

 Le film de George Hickenlooper raconte l’ascension fulgurante de la jeune femme, puis son immanquable descente aux enfers. Car sa liaison avec une vedette de la chanson (elle est réputée avoir eu une relation avec Bob Dylan, mais une poursuite de celui-ci obligea les scénaristes à rester vague quant à l’identité de ce chanteur) rendit Warhol jaloux, et il la rejeta complètement. C’est ainsi qu’elle se réfugia dans les drogues et fut internée à plusieurs reprises.

 

Le scénario du film est plutôt conventionnel, mais un travail de recherche intéressant a été fait au niveau de la facture esthétique du film. L’utilisation du gros grain, du noir et blanc, des images d’archive, en font un film qui, à défaut d’être véritablement inventif, demeure visuellement séduisant.

 

L’actrice qui interprète Edie Sedgwick, Sienna Miller, en plus de lui ressembler de façon presque troublante, se débrouille assez bien pour illustrer le charisme et l'envie que pouvait exercer Sedgwick sur les gens qui l’entouraient. Mais comme il est déjà difficile de faire un film sur un artiste qui ne soit pas une caricature, lorsqu’il s’agit de Warhol et de son entourage, il est presque impossible de jouer ces personnages très excentriques sans tomber dans le cliché. 

 

En fait, Factory Girl est un film fascinant pour ceux qui sont attirés par cette décennie ou tout a basculé, et pour ceux qui éprouvent un malin plaisir à être témoin de vies trépidantes et de destins tragiques.

 

 

 

 

 

 

 

 

Par Virginie Doré Lemonde - Publié dans : virginiecinema
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Mercredi 3 mai 2006 3 03 /05 /Mai /2006 22:51
Le premier long métrage de Tommy Lee Jones en tant que réalisateur, Les trois enterrements de Melquiades Estrada, est un film très sensible à une cause qui de toute évidence touche beaucoup l’acteur devenu cinéaste. Il y est question de l’immigration illégale des Mexicains vers le sud des État-Unis, de la difficulté des autorités américaines à opérer un quelconque contrôle, mais surtout des mauvais traitements dont sont victimes ces mexicains qui tentent tant bien que mal d’accéder à ces terres mythiques, peuplées de cowboys et bercées par la musique country. Le personnage principal du film, interprété par Tommy Lee Jones lui-même (il a d’ailleurs remporté la Palme d’or à Cannes en 2005 pour ce rôle), est justement un de ces cowboys solitaire du sud du Texas. Celui-ci se lie d’amitié, au fil des ans, avec son employé mexicain, un travailleur clandestin. Lorsque cet employé se fait assassiné par un garde-frontière, le cowboy entreprend de rapporter le corps de son ami dans son village natal, en compagnie de l’assassin de celui-ci. L’intérêt de ce film réside entre autres dans la confrontation entre la modernité, représentée par l’immigration clandestine réprimée de plus en plus violemment par des gardes abusifs et corrompus, ainsi que la pauvreté des gens qui vivent dans ces petits bleds perdus du Texas, et la dimension mythique que ces terres sauvages représentent dans l’histoire américaine. Un espace à la fois sauvage et domestiqué, qui évoque pour les immigrants (que ce soient les premiers Irlandais ou les Mexicains aujourd’hui) une terre promise, qui peut par contre devenir hostile. Il s’agit donc ici d’un western, mais bien sûr d’un western revisité. Ceux qui autre fois étaient les hommes à abattre, les Indiens, sont devenus mexicains. Les personnages sont tous plutôt archétypaux (pour reprendre les mots de Michel Juffé tels qu’exprimés dans sa théorie du lien social, nous retrouvons dans ce film le justicier (Jones), l’ogre (l’assassin) et le sage (plusieurs rencontres fortuites que font les deux personnages au cours de leur pèlerinage). Ce pèlerinage à cheval sur des étendues désertiques rappellent immanquablement la " Monument valley ", dans laquelle se déroulaient les fameux westerns qui forgèrent sans conteste l’imaginaire américain, et qui contribuèrent sans conteste à cimenter cette identité proprement états-unienne. Un pèlerinage vers la rédemption et le pardon, deux valeurs qui aux Etats-Unis sont probablement tout aussi mythiques que l’ouest lui-même. Enfin, ce film est peuplé de personnages, de rencontres et de situations complètement farfelues qui ajoutent à l’atmosphère colorée du Mexique. Tous les personnages secondaires (surtout le cadavre) encouragent les deux protagonistes à avancer, et les forcent à enlever peu à peu le masque qu’ils portaient au visage depuis que la société les avait obligés à agir d’une certaine façon.
Par Virginie Doré Lemonde - Publié dans : virginiecinema
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Mercredi 12 avril 2006 3 12 /04 /Avr /2006 23:23
POINT DE FUITE La fuite, à tous les niveaux, semble être la réponse au mal de vivre tangible de ceux qui peuplent la société moderne occidentale. Cette fuite peut être radicale ou momentanée, mais elle est présente partout. Que ce soit dans l’omniprésence des images qui nous permettent d’oublier notre quotidien, ou dans l’individualisme dans lequel nous nous réfugions par peur de contacts humains, nous fuyons toujours car nous avons peur de ce qui nous attend au bout du chemin. Et ce qui nous attend ultimement est pareil pour tous. C’est elle, la mort, que nous fuyons le plus longtemps possible. Les trois personnages de Feux Rouges, de Cédric Kahn, sont pris en flagrant délit de fuite. Ils ne peuvent plus rester où ils sont, mais leur problème est qu’ils ne savent pas où se réfugier. Les trois fuiront (Hélène fuit ce mari qu’elle méprise, et le prisonnier fuit la prison), mais un seul trouvera un monde où, momentanément, il lui sera possible de devenir un autre, d’oublier sa (la) réalité. En fait, le personnage de Jean-Pierre Daroussin réussit grâce à l’alcool ce qui est impossible à jeun : il pénètre dans un monde parallèle qui lui permet d’exacerber tous ses fantasmes, dont le plus important consiste à devenir le héros d’un thriller. Faisant partie de l’imaginaire collectif, les films policiers (comme à peu près tous les ouvrages de fiction destinés à un grand public) sont populaires car ils permettent de s’identifier à des images de ce que nous voudrions être, c’est-à-dire des personnages plus grands, plus beaux, plus forts que nature, et ainsi d’oublier la monotonie de notre existence. Cette fuite dans un univers fictif peut aussi se faire à travers le rêve, ou encore, comme dans le cas qui nous intéresse, à travers l’alcool. Dans Feux Rouges, l’alcool est, comme chez Cassavetes, le personnage principal du film, elle en est le fil conducteur, au sens propre comme au figuré. C’est elle qui à un moment conduit Antoine dans le chemin du rêve, pour ensuite le faire basculer dans le cauchemar. Cependant, c’est elle aussi qui donne à Antoine le courage d’affronter ses démons, qui annihile ses peurs devant l’adversité. Car si l’alcool permet à Antoine de fuir sa réalité, elle lui permet aussi de vivre un intense moment de liberté, qui devrait habituellement aller de pair avec la fuite. Mais en fait, elle conduit le personnage dans une quête dont la fin n’est pas le Graal mais l’horreur. D’ailleurs, la liberté recherchée par Antoine ne cesse d’être brimée par des éléments qui depuis toujours doivent représenter pour lui une entrave à celle-ci, et qui ressurgissent au milieu de ce mirage : sa femme qui l’empêche de boire, ou les barrages policiers qui l’empêchent d’avancer. Justement, les feux rouges du titre sont peut-être ces avertissements dont Antoine se fout éperdument et qui auraient peut-être pu l’empêcher de franchir le point de non-retour. Mais ce que Cédric Kahn démontre dans ce film, c’est que la définition de la liberté est extrêmement subjective, et que la fuite réelle est impossible. Par exemple, la société a créé un moule pour les gens comme Antoine. Un moule dans lequel le travail est exécuté sans besoin d'être réfléchi, et où plusieurs passent leur vie sans s’apercevoir qu’ils font partie de ceux qui ont arrêté de rêver. Néanmoins, il peut arriver que le moule craque, étant devenu trop hermétique. C’est alors que la liberté devient pour eux tout ce qui ne faisait pas partie de leur quotidien, comme partir sur la route en pleine nuit et boire jusqu’à être complètement déconnecté de la réalité. Mais le matin arrivé, Antoine s’aperçoit que sa fuite le ramène au point de départ, et qu’il a seulement été absent. Toutefois, cette absence lui a donné le courage d’affronter plutôt que de fuir. Hélène, elle, souhaitait s’éloigner de son mari, de qui elle se savait supérieure, ce qu’il ne pouvait plus supporter. Mais elle aussi rencontrera ses démons, qui la forceront à redevenir humaine. Pour le prisonnier, bien que ce personnage soit probablement fabulé par Antoine pour lui permettre de voir sa femme diminuée afin de pouvoir l’aimer à nouveau, la liberté est-elle de sortir de sa cellule, ou d’agresser une femme ? Il importe peu finalement, puisque lui a arrêté de fuir la mort. Il est impossible de fuir complètement, car nous ne pourrons jamais fuir le temps qui passe, ni nous fuir nous-même, sauf si nous sommes, comme dans le cas présent, dans un état parallèle. Tout nous échappe, mais nous ne pouvons y échapper. Les lendemains matins nous rappelleront toujours notre triste condition humaine.
Par Virginie Doré Lemonde - Publié dans : virginiecinema
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