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Mercredi 3 mai 2006
Le premier long métrage de Tommy Lee Jones en tant que réalisateur, Les trois enterrements de Melquiades Estrada, est un film très sensible à une cause qui de toute évidence touche beaucoup l’acteur devenu cinéaste. Il y est question de l’immigration illégale des Mexicains vers le sud des État-Unis, de la difficulté des autorités américaines à opérer un quelconque contrôle, mais surtout des mauvais traitements dont sont victimes ces mexicains qui tentent tant bien que mal d’accéder à ces terres mythiques, peuplées de cowboys et bercées par la musique country. Le personnage principal du film, interprété par Tommy Lee Jones lui-même (il a d’ailleurs remporté la Palme d’or à Cannes en 2005 pour ce rôle), est justement un de ces cowboys solitaire du sud du Texas. Celui-ci se lie d’amitié, au fil des ans, avec son employé mexicain, un travailleur clandestin. Lorsque cet employé se fait assassiné par un garde-frontière, le cowboy entreprend de rapporter le corps de son ami dans son village natal, en compagnie de l’assassin de celui-ci. L’intérêt de ce film réside entre autres dans la confrontation entre la modernité, représentée par l’immigration clandestine réprimée de plus en plus violemment par des gardes abusifs et corrompus, ainsi que la pauvreté des gens qui vivent dans ces petits bleds perdus du Texas, et la dimension mythique que ces terres sauvages représentent dans l’histoire américaine. Un espace à la fois sauvage et domestiqué, qui évoque pour les immigrants (que ce soient les premiers Irlandais ou les Mexicains aujourd’hui) une terre promise, qui peut par contre devenir hostile. Il s’agit donc ici d’un western, mais bien sûr d’un western revisité. Ceux qui autre fois étaient les hommes à abattre, les Indiens, sont devenus mexicains. Les personnages sont tous plutôt archétypaux (pour reprendre les mots de Michel Juffé tels qu’exprimés dans sa théorie du lien social, nous retrouvons dans ce film le justicier (Jones), l’ogre (l’assassin) et le sage (plusieurs rencontres fortuites que font les deux personnages au cours de leur pèlerinage). Ce pèlerinage à cheval sur des étendues désertiques rappellent immanquablement la " Monument valley ", dans laquelle se déroulaient les fameux westerns qui forgèrent sans conteste l’imaginaire américain, et qui contribuèrent sans conteste à cimenter cette identité proprement états-unienne. Un pèlerinage vers la rédemption et le pardon, deux valeurs qui aux Etats-Unis sont probablement tout aussi mythiques que l’ouest lui-même. Enfin, ce film est peuplé de personnages, de rencontres et de situations complètement farfelues qui ajoutent à l’atmosphère colorée du Mexique. Tous les personnages secondaires (surtout le cadavre) encouragent les deux protagonistes à avancer, et les forcent à enlever peu à peu le masque qu’ils portaient au visage depuis que la société les avait obligés à agir d’une certaine façon.
Par Virginie Doré Lemonde - Publié dans : virginiecinema
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