Réflexion sur Factory Girl de George Hickenlooper
Proposition Cinéma
Edie Sedgwick fut la muse d’Andy Warhol pendant seulement un an. Pourtant, au cours de cette année, il en fit une icône de la mode, du cinéma, des médias. Évidemment, sa grande beauté, son style original et son caractère instable furent partie prenante de la fascination qu’elle exerça sur l’artiste, et par conséquent sur la jeunesse américaine des années 60.
Fille d’une famille assez riche (mais totalement déséquilibrée) de la Californie, Edie déménage à New York assez jeune. Elle y rencontre rapidement Warhol et devient une habituée de la Factory, lieu de travail de l’inventeur du Pop Art, ou se retrouvaient ses collaborateurs, mais surtout ses admirateurs. Évidemment, la Factory est un endroit ou toutes les excentricités sont permises, et Edie y vit ses 15 minutes de gloire en compagnie de la légende vivante qu’était déjà Andy Warhol.
Le film de George Hickenlooper raconte l’ascension fulgurante de la jeune femme, puis son immanquable descente aux enfers. Car sa liaison avec une vedette de la chanson (elle est réputée avoir eu une relation avec Bob Dylan, mais une poursuite de celui-ci obligea les scénaristes à rester vague quant à l’identité de ce chanteur) rendit Warhol jaloux, et il la rejeta complètement. C’est ainsi qu’elle se réfugia dans les drogues et fut internée à plusieurs reprises.
Le scénario du film est plutôt conventionnel, mais un travail de recherche intéressant a été fait au niveau de la facture esthétique du film. L’utilisation du gros grain, du noir et blanc, des images d’archive, en font un film qui, à défaut d’être véritablement inventif, demeure visuellement séduisant.
L’actrice qui interprète Edie Sedgwick, Sienna Miller, en plus de lui ressembler de façon presque troublante, se débrouille assez bien pour illustrer le charisme et l'envie que pouvait exercer Sedgwick sur les gens qui l’entouraient. Mais comme il est déjà difficile de faire un film sur un artiste qui ne soit pas une caricature, lorsqu’il s’agit de Warhol et de son entourage, il est presque impossible de jouer ces personnages très excentriques sans tomber dans le cliché.
En fait, Factory Girl est un film fascinant pour ceux qui sont attirés par cette décennie ou tout a basculé, et pour ceux qui éprouvent un malin plaisir à être témoin de vies trépidantes et de destins tragiques.
Proposition Cinéma : Le Zodiaque de David Fincher
Le dernier film du très apprécié réalisateur américain David Fincher ne ressemble en rien aux autres films qui ont fait sa réputation, tels que Seven ou Fight Club. Ces derniers étaient beaucoup plus tape à l’œil tout en étant, paradoxalement, beaucoup plus profonds au niveau psychologique. Le Zodiaque fait partie d’une autre catégorie cinématographique : l’enquête policière très linéaire, sans artifice, dans les règles de l’art.
Rappelons d’abord les faits : entre 1968 et 1979, un tueur en série terrorise la ville de San Francisco. Il se surnomme le Zodiaque. L’enquête policière piétine, malgré les lettres envoyées par le tueur aux journaux, ainsi que les appels qu’il fait à la police après chaque meurtre. Au San Francisco Chronicle, un journaliste excentrique (Robert Downey Jr) et un caricaturiste sous-estimé par ses pairs, nommé Robert Graysmith (genre d’anti-héros interprété par Jake Gylenhaal) commencent à s’intéresser à l’histoire, à propos de laquelle Graysmith écrira deux livres, dont le film s’est inspiré.
Le film de Fincher est extrêmement détaillé, et visuellement parfait. Toutes les lignes droites, toutes les courbes, tous les plans semblent être étudiés dans les moindres détails. La reconstitution est méticuleuse à tous les niveaux. Les dialogues sont tous importants, et l’humour noir propre au réalisateur ne fait pas défaut. Il n’y a qu’à prendre en exemple les scènes avec Robert Downey Jr, qui se démarque des autres acteurs par son sens de l’auto dérision et son potentiel comique.
À travers la reconstitution historique, les couleurs, les plans de caméra, Le Zodiaque rappelle immanquablement le cinéma américain des années 70. En fait, plusieurs références, voire mises en abîme, raviront les cinéphiles. Par exemple, le film Dirty Harry de Don Siegel (1971), avec Clint Eastwood, qui traite du même sujet (le Zodiaque), est omniprésent dans le film de David Fincher, au propre comme au figuré. Il est évident que le cinéaste est admiratif du cinéma de cette décennie, probablement celle ou le cinéma américain fut le plus subversif.
Enfin, même si le rythme s’essouffle un peu à la fin, ce film à suspense réussit à maintenir un niveau d'anxiété assez élevé chez le spectateur, et certaines scènes s’avèrent franchement angoissantes. Surtout quand on sait que le dossier est encore ouvert…
Notes on a Scandal de Richard Eyre
Une nouvelle enseignante plutôt originale, Sheba Hart, interprétée par Cate Blanchett, vient perturber l’équilibre précaire qui régnait entre le corps enseignant et les élèves dans une école londonienne. Voici le synopsis de base de ce film profondément immoral, qui pourrait choquer les âmes sensibles. En effet, la fameuse institutrice s’amourachera d’un élève de 15 ans, d’où le scandale du titre. Mais l’intérêt du film se situe au niveau du personnage de Barbara, une enseignante vieillissante, magnifiquement interprété par Judi Dench.
Son personnage effectue un crescendo constant au niveau de la gérance de ses émotions durant l’heure et demie que dure le film. Elle est au départ délicate et subtile, pour finalement laisser tomber les barrières et la retenue qui probablement sont à la base de ses problèmes de socialisation. Car c’est de cette bourgeoisie anglaise à cheval sur les principes qu’il s’agit ici. Cette femme seule et sarcastique sera confrontée, alors qu’elle développe une relation amicale avec Sheba, à une autre génération de bourgeois que la sienne. En effet, Sheba paraît beaucoup plus libérée, spontanée et désorganisée, tout en conservant une vie de famille modèle habitant dans les beaux quartiers (elle pourrait représenter ce que le journaliste Davis Brooks a nommée les bourgeois-bohème).
D’ailleurs, la scène où Barbara se rend chez Sheba pour la première fois est intéressante au niveau de la confrontation des valeurs, et jamais ne tombe dans le cliché. En fait, Barbara est attirée par cette femme fraîche et moderne, elle qui probablement cache une homosexualité latente. Toutefois, Barbara se cherche par-dessus tout une compagne, quelqu’un avec qui partager ses joies et ses peines, quelqu’un avec qui ne plus être seule.
Mais il ne faut pas oublier qu’il s’agit ici d’un thriller nouveau genre, et que tous les personnages ont leurs failles. Sheba est candide et naïve, ce qui causera sa perte. Et ses erreurs seront une opportunité pour Barbara. Elle y verra une porte d’entrée vers la libération de ses instincts les plus primaires, tels que la vengeance et la méchanceté.
Le réalisateur Richard Eyre réussit à créer des personnages très complexes et à les faire évoluer dans une société en bouleversement. Certaines valeurs se perdent, d’autres prennent de l’importance. Mais les sentiments primaires, encrés profondément dans la nature humaine, sont les mêmes depuis la nuit des temps, et sont susceptibles de mener aux pires atrocités.
D’ailleurs, Eyre nous fait comprendre, à travers plusieurs indices, que tout cela est un cycle, une roue qui tourne, et que tout est toujours à recommencer.
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